Écrire pour explorer les mystères au-delà du fantastique

ARTICLE | Écrire des nouvelles (1/2) : "Le bazar des mauvais rêves" Stephen King

Visiblement, de par chez nous les nouvelles ont bien moins la côte que les romans...

Alors pourquoi continuer d'en écrire ?

J'aurais pu d'emblée en expliquer la raison. Mais dans un premier temps, je laisse Stephen King en parler via Le Bazar des mauvais rêves, car cela me donne également l'occasion de partager avec vous mon ressenti vis-à-vis de cette lecture (mon premier King), en pointant les nouvelles que j'ai préférées et ce qu'elles m'ont évoqué. N'étant pas experte des œuvres de S. K, et pas encore aguerrie en termes de chroniques, je requiers votre indulgence :)


Mon avis

Les nouvelles s'articulent pour la plupart dans un monde urbain, parfois dans un cadre plus bucolique. Comme l'indiquent les notes précédant chaque récit, le décor est à l'image de lieux connus de l'auteur. On plonge alors sans réserve dans la culture américaine et ses références, heureusement expliquées en annotation.

Ce que je retiens de cette oeuvre est la part d'ombre et les travers des protagonistes révélés par le pouvoir, la mort et la douleur. Il plane également une sorte de fatalité, ce qui donne le sentiment d'être acculé et fait donc remonter des émotions viscérales au cours de la lecture. Il est entre autre question de ce fameux Mal impalpable qui affecte l'homme et ne disparaît jamais vraiment. "Ça" ne ferait que se déplacer d'une situation à une autre, un peu comme dans l'esprit du film Le témoin du Mal.

D'après ce que j'ai entendu dire à ce propos, le style de King est fidèle à lui-même. Une écriture simple, pas de tournures compliquées, et si longues phrases il y a, c'est par nécessité. En clair, une mécanique efficace qui permet une lecture facile et se prête bien à son genre.

Bien entendu, c'est dans la fiction que l'auteur déploie toute sa fantaisie. Il ne faut pas s'attendre à du happy end bien sûr. L'aspect qui se dégage est le malaise. Le titre convient parfaitement au recueil. La vision est cohérente entre l'idée du bazar (histoires variées sans direction commune) et de mauvais rêves car l'auteur y met en place une atmosphère dérangeante et persistante, dont les personnages voudraient sans doute se départir. Ces derniers sont bien travaillés. Leur histoire, caractère et habitudes paraissent vraisemblables, et m'ont permis de bien m'en imprégner malgré l'espace restreint naturellement imposé par le format de la nouvelle. Ils évoluent dans un climat immersif, bizarre et ingénieusement posé. Du King, en somme.


Mes nouvelles préférées :

La dune, où un homme voit régulièrement apparaître sur le sable d'une dune, les noms de personnes qui décéderont sous peu. J'ai particulièrement apprécié la relation perverse qu'entretien le personnage principal et sa dune, la laideur qu'elle révèle en lui, ainsi que le twist final auquel je ne m'attendais pas.

À la dure, pour sa fin au contexte glaçant et tristement épouvantable... Je ne peux pas en dire plus.

Dans Sale gosse, un homme est harcelé par un garçonnet à la nature assez spéciale. Cet élément perturbateur est si horripilant et glauque qu'il amène une atmosphère malaisante très réussie !

Le petit Dieu vert de l'agonie, est une histoire intrigante où le protagoniste principal tente de trouver un soulagement à sa souffrance. Un récit légèrement écœurant et en même temps plein de compassion autour du thème de la douleur que l'on perçoit à la fois à travers le regard du patient et du soignant.

Dans Ur, un homme reçoit une tablette numérique qui lui ouvre un accès à d'autres dimensions... Cette nouvelle (la plus longue de toutes) que j'avais sautée, m'a finalement beaucoup plu à travers l'intense et mystérieuse obsession qu'elle génère chez le personnage principal, ainsi que le potentiel d'un tel outil. J'ai particulièrement apprécié l'intervention de la déroutante police Ur. Un point très sympathique dans le déroulement de l'histoire.

Après-vie, qui met en scène un homme décédé et sans surprise son passage dans l'au-delà. Un texte qui fait remonter une angoisse propre à l'être humain, remet en question le sens de la vie et le contrôle que l'on croit avoir sur elle.

Le tonnerre en été, the ending. Une catastrophe planétaire qui pourrait bien survenir dans la réalité. Je n'ai qu'un mot pour la décrire : désolation. Cette nouvelle a formidablement réussi son pari, voulu ou non, en me communiquant un tel vague à l'âme, qu'il a perduré longtemps après ma lecture et perdure encore aussi vivement à chaque fois que j'y repense. 


L'important petit plus !

Plonger dans le recueil de nouvelles de ce grand auteur reconnu pour ses romans fantastiques et horrifiques a été une expérience très intéressante, rassurante, voire une révélation. J'ai adoré ses confidences en amont de chaque nouvelle sur son état d'esprit, le contexte, l'inspiration et le moment qui l'ont mené à écrire chacune d'elles. J'ai eu le sentiment de me retrouver dans un dialogue privilégié avec un ancien qui vous explique les choses de la vie, qui vous assure que tout ira bien, qu'il a vécu ce par quoi vous passez.
Dans l'introduction, S. King confie : « Je mentirais si je disais toujours avoir aimé la discipline rigoureuse imposée par les œuvres de fiction courte. Les nouvelles exigent une sorte d'habileté acrobatique qui requiert une intense et éreintante pratique. Une lecture facile est le fruit d'une écriture laborieuse, vous diront certains professeurs. Et c'est vrai. Des erreurs qui peuvent passer inaperçues dans un roman sauteront aux yeux dans une nouvelle. Adopter une discipline rigoureuse est donc nécessaire. L'écrivain doit réprimer son désir d'emprunter certains chemins de traverse enchanteurs et s'astreindre à rester sur la route principale. Je ne ressens jamais aussi vivement les limites de mon talent que lorsque j'écris des nouvelles. J'ai dû lutter contre des sentiments d'incompétence, contre la peur viscérale de ne jamais parvenir à combler le fossé entre une idée géniale et la concrétisation de son potentiel. »
Croyez-le ou non, c'est exactement mon ressenti vis-à-vis des nouvelles. J'ai eu plus de mal à écrire mon premier recueil que mon premier roman (voir Mes œuvres), car cet exercice impose une mécanique plus rigoureuse ! 


Pourquoi écrire des nouvelles ?


Parfois, on a un sentiment, une pensée, une vision de l'esprit qui nous semble dignes d'être exprimés et mis en scène. Cependant, certains n'ont pas besoin d'être surdéveloppés pour être intéressants et imposent d'eux-même une narration courte et efficace.
Et puis comme dit également S. King : « Vous seriez surpris - du moins je le pense - du nombre de personnes qui me demandant pourquoi j'écris encore des nouvelles. La raison est plutôt simple : ça me rend heureux. [...] les expériences plus courtes et plus intenses ont aussi du bon. Elles peuvent être vivifiantes, parfois même troublantes [...] quand mes histoires sont rassemblées, je me sens toujours comme un marchand ambulant, un marchand qui ne vend que le soir à minuit. J'étale ma marchandise, invitant les lecteurs - vous - à venir faire leur choix. »

Je crois déjà avoir abusé des citations donc je m'arrête là. J'espère que vous apprécié mon retour de lecture sur Le bazar des mauvais rêves. Si vous l'avez lu, n'hésitez à me faire part de votre approche en commentaire. Mais ce n'est pas fini ! Je vous propose d'enchaîner sur la 2ème partie de cet article pour partager mon expérience personnelle, à travers ma collection naissante de recueils Les Récits Sélénites.
> ARTICLE | Écrire des nouvelles (2/2) : Les Récits Sélénites

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